Visiter Gujo Hachiman, la ville de l’eau dans la préfecture de Gifu, promet une immersion dans un Japon rural et mirifique. Les carpes koï jalonnent le bord des maisons à travers ses innombrables canaux. Ses ruelles désertes rappellent tantôt l’ère Shōwa, tantôt la période Edo, alternance de rétro et de traditionnel. Difficile d’imaginer l’animation du Gujo Odori en été, festival de danse réputé dans tout l’archipel, tant le hameau semble serein. Seule la rivière Yoshida, inlassable, rappelle que le temps s’écoule encore. Et, dans les hauteurs, le château s’érige en protecteur silencieux alors qu’en contrebas se dévoile un ryokan enchanteur le long de la rive, refuge idyllique pour visiter Gujo Hachiman.
Sommaire
Comment se rendre à Gujo Hachiman ?


Pour visiter Gujo Hachiman, il faut d’abord rejoindre Nagoya, facilement accessible depuis de grandes villes comme Osaka, Kyoto ou Tokyo. S’ensuit un trajet époustouflant le long de la Hida Line, ponctué par la beauté des Alpes japonaises jusqu’à la ville de Mino. Je descends presque à contre cœur pour la correspondance, ignorant que la suite du parcours est plus mémorable encore. La Nagaragawa Testudo, constituée d’un unique wagon à l’allure carmissée et lustrée, serpente entre les vallées sinueuses de la préfecture de Gifu. Sous le soleil couchant, l’ombre de quelques maisons reculées défile sous mon regard subjugué, jusqu’à la gare de Gujo Hachiman. J’arrive à la nuit tombée et je gagne directement mon ryokan au bord de la rivière Yoshida.
💡Petite info : Il est aussi possible d’arriver à Gujo Hachiman en car. La plupart des bus s’arrêtent au Gujo Hachiman Interchange, un arrêt le long d’une voie rapide, assez éloigné du centre historique et très mal indiqué. Même si des taxis passent à proximité, l’idéal reste d’arriver par la gare ferroviaire. J’ai notamment loupé mon car pour me rendre à Shirakawago car je n’ai pas trouvé l’arrêt de bus à temps !
Le pont Miyagase et la rivière Yoshida


Je m’éveille à l’aube, dans la douce lueur hivernale. À flanc de falaise, la chambre du Miharaya Ryokan baigne dans une atmosphère délicieusement ouatée, sensation de plénitude. La journée débute par une promenade le long des berges. Tout proche, le pont Shinbashi enjambe la rivière Yoshida. Le ruissellement constant de l’eau confère un charme singulier au rivage, parsemé de superbes points de vue, et parfois même de petits passages pour descendre au plus près du cours d’eau. L’office de tourisme, édifice de style occidental étant autrefois la mairie, borde la rivière et propose une jolie sélection de souvenirs locaux.
Les carpes koï de l’Igawa Komichi

Attenant à l’office de tourisme, une allée discrète mène à l’entrée de l’Igawa Komichi. Ce sentier, étroit et pittoresque, réserve une belle balade le long d’un ruisseau. Carpes koï colorées et truites anthracite nagent à contre-courant dans l’eau d’une transparence inouïe. Réputé pour sa pureté, le canal était autrefois un lieu important pour la communauté locale grâce aux bassins d’eau partagés. En effet, les habitants s’y retrouvaient pour nettoyer leur linge ou encore laver leurs fruits et légumes. À l’orée du chemin, l’Igawa Komichi se déverse dans le lit de la rivière Yoshida. Le cheminement de l’eau offre un spectacle simple et pourtant profondément apaisant.
Le village historique de Gujo Hachiman et la Yanaka Lane


Je remonte ensuite un cours d’eau adjacent, en direction du temple Jionzen-ji. Malheureusement fermé ce jour-là, son jardin est parait-il somptueux. Les ruelles alentour se veulent résidentielles. Les habitants décorent le porche de leurs maisons avec d’innombrables figurines et pots de fleurs kawaii. Quelques boutiques s’égrènent deci de là jusqu’à la Shin machin dori, le cœur du village historique. Particulièrement pittoresque, la Yanaka Lane est une allée au sol pavé de pierres en forme circulaire. Leur nuance sombre est rehaussée par l’aplat vermillon du petit pont enjambant le canal ainsi que le torii du sanctuaire Nonakainari. Je déjeune ensuite sur la terrasse ensoleillée du café Mi Kamama, à proximité du pont Miyagase.
Le pont Shimizu, ses canaux et la source d’eau Sogi Spring

Comme je souhaite prendre un dessert de l’autre côté de la rivière, j’emprunte le pont Miyagase vers le Supple coffee roasters, un café arty où les mange-debouts surplombent le cours d’eau Yoshida. La douce lumière de l’hiver confère une atmosphère particulièrement tranquille au lieu. Dans les rues avoisinantes, tout invite à la flânerie en ce début d’après-midi. Des espaces sont aménagés, composés d’une bibliothèque à ciel ouvert et de tables face à la rive. Je descends même au niveau de la berge admirer les roches immergées où ricochent les rayons d’or du soleil. Précédant le pont Shimizu, la Sogi Spring est une source plébiscitée pour sa pureté. Véritable attraction locale, les Japonais, amateurs de classements, l’ont même reconnue comme la meilleure eau des « 100 sources du Japon ».


Visiter Gujo Hachiman et le temple Daijoji

Le pont Shimizu et ses allées alambiquées cèdent le pas à des ruelles plus larges, ceintes de grandes maisons de bois. Dans la rue Hachimancho Shokuninmachi, les bâtisses traditionnelles, aux pieds desquelles passent de petits canaux, font voyager vers l’époque Edo. Au bout du chemin, la porte du temple Shinshuotaniha Chokyo s’érige sous le ciel céruléen. L’enfilade de façades boisées, couplée à la vision du portail sacré, crée un décor d’un autre temps. Tout proche, le sanctuaire Daijoji offre une belle parenthèse nature, entouré de lanternes recouvertes de mousses à flanc de montagne.
L’Hakurankan museum et le matsuri de Gujo Odori


Je me rapproche de l’Hakurankan museum, un petit musée permettant d’en apprendre davantage sur l’histoire de Gujo Hachiman. Au premier étage, la célèbre danse Gujo Odori, qui fait la renommée du village, est mise à l’honneur. Chaque jour, des démonstrations sont d’ailleurs proposées par des habitants vêtus de yukata et geta durant une dizaine de minutes. C’est une expérience à ne pas manquer, qui donne vraiment envie de revenir en été pour vivre ce matsuri unique, réputé comme l’un des plus beaux du Japon.
💡Petite info : Créé il y a plus de quatre cents ans, le matsuri de Gujo Odori invite chaque personne à danser, étrangers comme riverains, du coucher au lever du soleil. Les festivités atteignent leur paroxysme mi-août, à l’occasion d’Obon, la fête des ancêtres.
Le château de Gujo Hachiman


Forteresse albe et ébène, le château de Gujo Hachiman s’érige en protecteur silencieux. Depuis le musée de la ville, une vingtaine de minutes d’ascension mènent au sommet, au gré d’une sympathique promenade dans les bois. Initialement bâti en 1559, il fut reconstruit en 1933, faisant de lui le plus ancien château en bois reconstruit du pays. Non meublé, l’intérieur du château offre un panorama exceptionnel sur la vallée en contrebas. Le sol craque sous mes pas et j’observe émerveillée le soleil se coucher. Entourée par les montagnes impénétrables de la préfecture de Gifu, la silhouette de la ville s’estompe peu à peu dans la teinte violacée du soir. Je redescends prudemment dans la semi-obscurité pour dîner au Gujo Tonkotsu Ramen Kanmina avant de regagner le cocon de mon ryokan.
💡Petite info : En automne, le château de Gujo Hachiman est particulièrement somptueux avec ses érables flamboyants. À l’aube, une mer de nuages cerne parfois ses remparts d’un voile mystérieux, lui valant le joli surnom de Château dans le ciel.
Visiter Gujo Hachiman et découvrir son artisanat


Visiter Gujo Hachiman passe également par son artisanat. La boutique Takara gallery Workroom propose par exemple des ateliers de sérigraphie pour imprimer son propre tissu sur une serviette tenugui. L’échoppe Watanabe somemono dyehouse propose quant à elle de superbes vêtements teints naturellement et localement à l’indigo, ainsi que de magnifiques koinobori, ces carpes qui flottent dans le vent à l’occasion de la fête des enfants au mois de mai. Assez réputé, il est possible au magasin Sanpuru Kobo Ltd de confectionner son propre sampuru. Ces échantillons de nourriture en plastique, souvent disposés devant les restaurants, ont été créés par Takizo Iwasaki, originaire du village. Encore aujourd’hui, Gujo Hachiman produit soixante pour cent des sampuru du Japon.
Où manger à Gujo Hachiman ?


Découvrir la préfecture de Gifu passe également par l’assiette, destination de gourmets par excellence. Gujo Hachiman ne déroge pas à la règle, comme l’attestent ces bonnes adresses disséminées au sein du village.
- Supple coffee roasters : c’est une étape idéale pour une pause sucrée en admirant la rivière Yoshida en contrebas
- Sogi-an : ce salon de thé prépare des kakigori et autres desserts à base de matcha, hojicha et chataigne
- Mi.kimama : pour déjeuner au bord de la rivière, rien ne vaut le curry vegan de ce petit restaurant juste en face de Sample Kobo
- エバナタウ : dans un coin calme, ce café de quartier sert un excellent petit déjeuner
- 団子茶屋郡上八幡 : ici les dango se savourent dans un cadre traditionnel
- 翔太のうどん : situé dans la rue Shin-machi dori, ce restaurant d’udon est assez populaire auprès des habitants
- Gujo Tonkotsu Ramen Kanmina : dans la même rue, c’est l’un des rares restaurants où dîner pour déguster un succulent ramen tonkotsu
Où dormir à Gujo Hachiman, le Miharaya ryokan

Pour visiter Gujo Hachiman, le Miharaya ryokan est idéalement situé. À deux pas du pont Shinbashi, cet établissement quelque peu suranné est tenu par des propriétaires aussi discrets qu’attentionnés. À flanc de falaise, les chambres traditionnelles surplombent la rivière Yoshida, créant un décor immersif et envoûtant. En fin de journée, le bain se prend à l’onsen commun. Puis, vêtu d’un yukata, je déguste mon thé accompagné d’un délicieux wagashi, pâtisserie typiquement nippone. La nuit, le confort douillet du futon mène facilement dans les bras de Morphée, bercé par le son de la rivière. Et, au petit matin, un excellent petit déjeuner s’apprécie face à la ville brumeuse encore alanguie, une couverture sur les genoux.
💡Petit info : À travers son sens du détail et son omotenashi, accueil japonais d’exception, couplé à son charme désuet et son prix attractif, le ryokan Miharaya fut un véritable coup de cœur.


Quand visiter Gujo Hachiman ?


Prisée l’été pour son festival de danse, la ville est d’une grande quiétude le reste de l’année et dévoile une beauté changeante au fil des saisons. L’automne, les feuillages flamboyants subliment la ville et le château. En hiver, la neige confère un décor féerique aux abords des temples. Au printemps, la verdure s’apprécie notamment dans le jardin du temple Jionzen-ji. L’été, la rivière est prisée pour sa fraîcheur en journée, tandis que résonnent les danses de Gujo Odori au son des geta de bois une fois la nuit venue.
💡Petite info : Assez peu connu, le festival Gujo Kanzarashi se déroule en janvier et met à l’honneur la confection des koinobori par les artisans de la ville. C’est l’occasion idéale pour visiter Gujo Hachiman sous la neige tout en découvrant un savoir-faire unique.
Visiter Gujo Hachiman, mon avis


Visiter Gujo Hachiman fut une étape hors du temps. Au-delà de sa renommée quant à son festival Gujo Odori, le village est une étape immanquable lors d’un voyage dans la préfecture de Gifu. Le charme de la ville d’eau, au gré de ses canalisations, ses ruelles préservées et pittoresques et son château m’ont résolument charmé. Chaque recoin est une tentation à la flânerie, sans but précis, pour apprécier la devanture d’une échoppe, remarquer les seaux suspendus à l’entrée des maisons en cas d’incendie, s’arrêter devant un petit sanctuaire intriguant et, plus généralement, s’émerveiller de la beauté discrète et rurale dont seul le Japon a le secret…


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