Aizuwakamatsu et ses alentours, féerie hivernale

Aizuwakamatsu et ses alentours sous la neige - Au gré des continents

Lors de mon séjour hivernal au Pays du Soleil Levant, je me languissais de découvrir Aizuwakamatsu sous son épais manteau blanc. Largement méconnu, l’ancien bastion de samouraï se situe dans la préfecture de Fukushima, au nord-est de l’archipel. Ceint de montagnes enneigées et quelque peu difficile d’accès, il offre une plongée fascinante dans l’histoire des samouraï à travers un Japon rural et préservé. Entre château sous la neige, sources chaudes et nature enchanteresse, Aizu-Wakamatsu fut l’un de mes coups de cœur, au gré d’un voyage résolument hors des sentiers battus.

Sommaire


Comment se rendre à Aizuwakamatsu ?

Hors des grands axes, Aizuwakamatsu est accessible en bus direct via Tokyo, Niigata et Sendai. En train, une escale est nécessaire, souvent via Koriyama. J’arrive à Aizuwakamatsu depuis Sendai où j’ai passé le Nouvel An. À Koriyama, je laisse donc le shinkansen pour une petite ligne locale. La rame est ballotée sur les rails gelés. Dehors, il fait -8 degrés. Nous longeons le mont Bandai et le lac Inawashiro, décor majestueux de l’hiver japonais. La gare d’Aizuwakamatsu baigne dans une atmosphère rétro et l’ambiance s’y veut locale. Des costumes de conducteurs de train sont mis à disposition pour se prendre en photo à côté de l’immuable eki stamp. Au restaurant de la gare, je déguste ensuite un katsudon, la spécialité d’Aizuwakamatsu et des Kitakata ramen, originaire de la ville voisine.

Comme je loge chez l’habitant, Kumiko san, mon hôte de ces prochains jours, vient me chercher en voiture. Devant la gare, un personnage attise ma curiosité, l’Akabeko, la célèbre vache rouge de Fukushima. Kumiko san m’explique que cette créature aurait aidé à la construction du temple Enzō-ji, situé non loin, dans la vallée d’Oku-Aizu. Au fil des siècles, elle est devenue un symbole de protection et de chance, devenant très populaire durant le coronavirus. Une fois chez Kumiko san, je réalise que sa maison est assez excentrée, mais quelle superbe demeure. En tant qu’artiste, elle l’a entièrement rénovée et nous passons la soirée ensemble, dans le cocon de son logis.


Le château de Tsuruga sous la neige

Le lendemain, je visite le château d’Aizuwakamatsu, emblème de la ville. Majestueux, il semble se fondre sous le ciel cotonneux de l’hiver, paysage ouaté et irréel. La neige craque sous mes pas tandis que les flocons recouvrent les pins d’une épaisse couche albe. Le ciel est bas et la brume envahit les alentours de la forteresse, lui conférant une aura singulière. Bâti en 1384, le château fut reconstruit à plusieurs reprises, notamment en 1965 où ses tuiles rouges furent rajoutées.

Unique château rouge et blanc, il est également appelé Tsuruga, tsuru signifiant grue, non sans rappeler la robe aux mêmes nuances de l’oiseau. L’intérieur du château vaut aussi le coup d’œil. Une exposition pérenne dévoile les artefacts des samouraï, tels que casques et armures imposantes. On en apprend davantage quant à la bataille de Boshin (1868-1869), conflit entre le nouveau gouvernement de l’époque Meiji et les fidèles partisans de l’ancien shogun Tokugawa à la fin de la période Edo. Au sommet de la forteresse, la superbe vue enneigée sur la ville cloture joliment la visite.

De retour dans les jardins du château, la neige tombe sans discontinuer, offrant un spectacle onirique. J’aperçois de petits pavillons aux toits de chaume appartenant à la maison de thé Rinkaku. Le cadre, à la fois enchanteur et intimiste, est idéal pour déguster un bon thé matcha à l’abri du froid. Tout proche, le somptueux jardin royal Matsudaira d’Aizu se démarque par son étendue d’herbes médicinales en saison et son pavillon de thé où il est aussi possible de déguster un matcha. Dans un tout autre registre, le Bikodo Café est une excellente adresse à proximité, concept store moderne et épuré.

Yukitsuri dans un jardin japonais - Au gré des continents
La beauté des yukitsuri dans un jardin japonais

💡Petite info : Au Japon, chaque saison est comme décuplée. J’ose imaginer la féerie des cerisiers printaniers, la luxuriante verdure estivale ou encore les illuminations automnales… J’ai déjà hâte de revenir pour découvrir le château sous un autre jour.


Les tombes des Byakkotai

Panorama depuis le mont Iimori - Au gré des continents
Panorama depuis le mont Iimori

Je m’éloigne du château en direction du mont Iimori. En haut de l’escalier de pierre, se trouvent les tombes des Byakkotai, moment de recueillement. À la fin de l’époque Edo (1603-1868), Aizuwakamatsu ne peut se résoudre à trahir sa loyauté envers l’ancien shogunat Tokugawa auquel est directement affilié le château. Durant la guerre de Boshin (1868-1869), le château d’Aizuwakamatsu fut assiégé pendant un mois, avant que le nouveau gouvernement remporte la bataille. Certains des Byakkotai, jeunes samouraï adolescents fidèles à Tokugawa, commirent le seppuku. Ils se suicidèrent en pensant à tort que le château était tombé aux mains de l’ennemi, ce qui n’était pas encore le cas à ce moment de la bataille. Ces dix-neuf jeunes samouraï sont célèbres dans tout le Japon, inspirant de nombreux films et livres encore aujourd’hui.

Le pavillon Sazaedō

En redescendant le mont IImori, se trouve un temple pour le moins singulier. Pour en avoir visité un certain nombre à travers le Japon, le pavillon Sazaedō est assurément l’un des plus uniques. Construit en 1796, il se distingue par son architecture d’exception. Sorte de spirale en continu, son double escalier hexagonal crée un parcours à sens unique où les visiteurs ne se croisent jamais. Cette prouesse architecturale permet de s’imprégner pleinement de l’ambiance solennelle du Sazaedō. Dédiées à la déesse de la miséricorde Kannon, 33 statues à son effigie émaillent le parcours jusqu’au sommet du temple.


Aizu Bukeyashiki, ancienne résidence de samouraï

Tout proche, Aizu Bukeyashiki est un véritable musée à ciel ouvert, immersion profonde dans le quotidien des samouraï. Ancien lieu de vie de hauts gradés, les demeures, brûlées lors de la guerre de Boshin, ont été reproduites aussi fidèlement que possible. Les décors et le mobilier raffiné donnent un aperçu de la vie de Tanomo Saigo, le dernier samouraï résidant en ces lieux. Quelques mannequins de cire en habits traditionnels reconstituent des scènes de l’époque. Je vagabonde, seule dans ce décor hors du temps, tandis que la neige fondue borde les toits de chaume. Une boutique de souvenirs et un sympathique restaurant réservent une belle pause à la fin de la visite.


Higashiyama onsen, de sources chaudes en ryokan

Okonomiyaki dans un restaurant japonais - Au gré des continents

Il commence à faire vraiment très froid, la nuit s’apprête à tomber et surtout les bus passent très peu souvent. À contre cœur, je ne visite pas Higashiyama onsen, fief des sources chaudes et ryokan de la ville. Je dîne dans un des rares restaurants aux alentours de mon logement, une adresse à la bonne franquette d’omonomiyaki. L’adorable serveuse m’offrira un petit cadeau à chacun de mes passages car j’y mangerai finalement tous les soirs. Je ne comprends rien au menu et je demande la recommandation. En chemin vers mon logis, la sensation de marcher dans la nuit, sous la neige, dans ce quartier résidentiel à l’autre bout du monde est juste incroyable.


La Tadami Line et la vallée d’Oku-Aizu

Le long de la Tadami Line

Pour me réconcilier avec les onsen manqués d’hier, je décide aujourd’hui d’arpenter les sources chaudes le long de la Tadami Line. Cette exceptionnelle ligne ferroviaire parlera aux densha otaku, les fans de trains. Après un excellent petit déjeuner préparé par Kumiko san – le bouillon d’huîtres passe étonnament bien vu l’heure matinale – elle me dépose ensuite à la gare de Nishi-Aizuwakamatsu, pour le départ de la Tadami line, cap vers un trajet résolument féerique ! Sur le quai, le froid est glacial et la neige tombe à gros flocons.

Seuls quelques locaux montent dans l’unique petit wagon. Le train fend la campagne d’Aizu, ceinte de champs gelés et de maisons résidentielles. Peu à peu, la locomotive gagne les hauteurs, jalonne des villages auréolés de blanc, puis la rivière endormie dans le creux de profonds ravins. Le train ralentit lors des passages les plus panoramiques, au gré des ponts suspendus.

Je m’arrête à Aizu-Nishikata Station, littéralement au milieu de nulle part. L’adorable conducteur du train m’offre un parapluie pour me protéger de la neige. Les rares habitants croisés semblent ravis de me voir. Je longe la route sinueuse jusqu’au hameau suivant, fascinée par le décor épuré et rural de la Tadami Line. À l’entrée de la bourgade, le Miyashita onsen Eikokan dissimule une agréable source chaude au bord de la rivière. À Aizu-Miyashita Station, tout est calme et feutré, même l’office de tourisme est fermé. Accessible, le point de vue Miyashita Arch Sankyodai Bridges vaut le coup d’œil. Malheureusement, la navette pour accéder au panorama First Tadami River Bridge Viewpoint ne passe pas les premiers jours de l’année. Je déambule donc dans le village enneigé en attendant le train retour.

💡Petite info : La Tadami Line relie Aizuwakamatsu, dans la préfecture de Fukushima, à Tadami, dans la préfecture de Niigata. Les trains, peu nombreux, desservent des endroits reculés et enchanteurs. Le site officiel de la Tadami Line répertorie tous les points d’intérêts le long du trajet, l’idéal étant de passer la nuit le long du parcours.


L’avenue historique Nanuka-machi

Après ce magnifique trajet en train, je suis de nouveau à Aizuwakamatsu. Non loin de la gare, se trouve l’avenue commerçante Nanuka-machi Dori, réputée pour ses boutiques d’artisanat. Les façades, héritée de l’époque Taishō, allient anciens entrepôts traditionnels, appelés kura, à des bâtiments plus récents. Lors de mon passage, les lieux sont déserts. Une musique un peu kitsch flotte dans l’air, et la nuit tombe peu à peu. L’atmosphère semble figée dans le passé, associée aux inlassables flocons de neige.

Début janvier, la plupart des magasins sont malheureusment fermés. Ces derniers regorgent habituellement d’artisanats d’exception, tels qu’objets en laques d’Aizu, tissus en coton, papeterie japonaise, céramiques… Côté saké, la magnifique brasserie Suehiro Kaeigura est l’une des plus réputées de la région. Je tombe finalement sur le charmant &FARMS Grocery Store, où je prends un chai latte, avant de rentrer chez Kumiko san.


Le village historique d’Ouchi-juku

Le village historique d'Ouchi-juku - Au gré des continents
Le féerique village d’Ouchi-juku sous la neige

Ce matin, direction le village historique d’Ouchi-juku, par la ligne locale Aizu Testudo. Encore une fois, le parcours en train sous la neige est un délice… Je descends à Yunokamionsen Station, l’une des rares gares nippones pourvues d’un toit de chaume. Dans le minuscule hall, tatami, foyer iroiri et bibliothèque aux livres élimés créent un décor enchanteur où l’on déguste un thé bien chaud au coin du feu. À l’extérieur, un magnifique ashiyu permet de patienter, les pieds dans l’eau chaude, tout en observant la neige tomber. Poursuite des féeries hivernales, une petite navette, une fois dans l’heure, mène ensuite à Ouchi-juku en une vingtaine de minutes.

Construit vers 1640, Ouchi-juku est une ancienne ville-relais sur la route Aizu-Nishi Kaido. Durant la période Edo (1603-1868), les seigneurs devaient se rendre à la capitale à la demande du shogun. Ouchi-juku était une étape entre Aizuwakamatsu et Nikko, où les voyageurs se reposaient. Restauré au XXᵉ siècle, le village se targue d’avoir une quarantaine de maisons aux toits de chaume remarquablement conservées, alternance de restaurants, auberges minshuku et boutiques de souvenirs.

Le negi-soba, spécialité d'Ouchi-juku - Au gré des continents
Le negi-soba, spécialité d’Ouchi-juku

Je déambule le long de la rue principale jusqu’au temple Shohoji. Un escalier relativement glissant débouche sur un magnifique panorama enneigé sur tout le village. Sur le chemin du retour, le sanctuaire Takakura-jinja, dédié au prince Mochihito, est spectaculaire, dissimulé dans une forêt de cèdres enneigés. Enfin, je teste le negi-soba, un plat réconfortant quoiqu’assez difficile à manger. Ces nouilles de sarrasin maison se dégustent avec une ciboule en guise de baguettes, légume semblable au poireau, accompagnées d’un amazake. Le soir venu, je mange de nouveau au restaurant d’okonomiyaki à côté de chez Kumiko san, oishii desu !

💡Petite info : Des festivités se déroulent tout au long de l’année au sein du village. L’Ouchi-juku Hange Matsuri en juillet et l’Ouchi-juku Yuki matsuri en février sont particulièrement réputés.


L’Ookawaso, le Château Infini des sources chaudes

Ce matin, je m’enfonce encore dans les profondeurs de la préfecture de Fukushima. Kumiko san me laisse le long d’une route oubliée, et même le chauffeur de bus semble étonné de me voir. Le trajet est ponctué de longues étendues enneigées jusqu’à Ashinomaki Onsen. Le hameau parait complètement alangui par la neige. Au détour d’une rue déserte s’érige l’Ookawaso, un ryokan incroyable niché dans une vallée sinueuse et reculée. Immense, la réception en impose, avec ces majestueux panneaux de bois laqués. Le ryokan aurait inspiré le Château de l’Infini dans Demon Slayer. Pour les amateurs, c’est un passage obligé. De 16h à 18h, une dame en kimono joue du shamisen, ajoutant encore une dimension supplémentaire à ce cadre d’exception.

Ashinomaki Onsen - Au gré des continents

Particulièrement réputée, je demande si je peux accéder à la source chaude de l’hôtel. Un dédale de couloirs me mène jusqu’à un incroyable onsen en terrasse, tel une rizière sur trois niveaux. Les volutes d’eau chaude créent d’éparses nuages de vapeur. En contrebas, la rivière gelée et les montagnes enneigées. La sensation des flocons de neige sur mon visage, le corps immergé dans l’onsen, est tellement agréable… Un sauna de pierres chaudes est également attenant ainsi que des espaces de détente avec fauteuils massants etc. Avant de partir, je m’offre une pause au lounge de l’Ookawaso après quelques souvenirs achetés à la boutique du ryokan. Dans une ambiance feutrée, les grandes baies vitrées et la cheminée design s’allient parfaitement aux éléments plus traditionnels de l’établissement.

💡Petite info : Malheureusement, les tatouages ne sont pas acceptés dans l’onsen, sauf si vous pouvez les couvrir avec des patchs spéciaux. Les miens se sont décollés dès le contact avec l’eau chaude…


Mon avis sur Aizuwakamatsu

Mon séjour à Aizuwakamatsu touche déjà à sa fin. Par son héritage intrinsèquement lié aux samouraï, ses sources chaudes et ses paysages envoûtants, Aizuwakamatsu ravira les voyageurs en quête d’authenticité. Mon séjour chez Kumiko san fut merveilleux. Véritable immersion, j’ai notamment participé à la première prière de l’année à ses côtés et pu essayer son magnifique kimono en soie. Aizuwakamatsu est un excellent point de départ pour explorer les splendeurs naturelles de Fukushima, dont le lac Inawashiro, le mont Bandai, la Tadami Line… Cependant, les lieux d’intérêts sont relativement éloignés les uns des autres et les transports limités, c’est pourquoi louer une voiture peut être intéressant. Le trajet entre Nikko et Aizuwakamatsu est, parait-il, somptueux…

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